Hommages au Professeur Dzokanga

Professeur Dzokanga

L'Ambassadeur du Congo en France, rend hommage à Adolphe Dzokanga
Hommage à un citoyen Bonneuillois
Le lingala, la langue des possibles
RDA - Congo


Le lingala, la langue des possibles

Le lingala, la langue des possibles

Le lingala est une langue Bantu, parlée dans tout le bassin du Congo : du Congo RDC (ex Zaïre) au Congo-Brazzaville en passant par la République centrafricaine et leurs pays limitrophes. Le lingala s'écrit à l'aide des caractères romains, auxquels il faut ajouter quelques caractères spéciaux. L'alphabet lingala comprend vingt-deux lettres qui se lisent toutes. Il n'y a pas de lettre muette comme le "h" en français. Très ancrée dans le quotidien des Congolais par le biais de la musique, elle reste vivante et populaire grâce â des artistes de renom tels que : Tabu Ley, Franco, Ok jazz, Koffi Olomidé, Papa Wemba, le groupe Bisso na Bisso, Ray lema ou Lokua Kanza etc. Il n'y aura donc rien de surprenant d'apprendre que le lingala a été choisi par l'union Africaine comme langue officielle pour unifier les pays d'Afrique Noire. Si les chanteurs mentionnés sont très connus, il est un homme plus discret mais néanmoins important à qui l'on doit notamment la promotion de cette langue. C'est à travers ses ouvrages d'érudition que Adolphe Dzokanga a su la légitimer. Ce chercheur né en 1942 sur les bords du fleuve Congo, a consacré toute sa vie à l'étude de sa langue maternelle. Issu d'une famille de pêcheur, il fait ses premières études chez les missionnaires catholiques et protestants dans son pays alors connu comme le Congo Belge. Il y pratique le latin, le français, le lingala et le bobangui. C'est de là, sans doute, que lui vient son intérêt pour les langues. Fort de ses connaissances polyglottes et de son statut d'enseignant, il va parcourir le pays pour y ouvrir des écoles élémentaires dans des villages qui en sont dépourvus. Ses études universitaires vont lui permettre d'être tour à tour chercheur puis docteur en linguistique africaine et professeur de lingala à l'Institut national des langues et civilisations orientales à Paris. Il va à travers ses travaux de recherche linguistique, chercher à "soigner sa langue" en la modernisant. Idée saugrenue? Pas tant que ça. Pour ce faire, il a un objectif simple : adapter la langue lingala aux progrès techniques et scientifiques du monde moderne. Ainsi, cet homme va-t-il s'efforcer de défendre l'idée que sa langue peut restituer les connaissances techniques et scientifiques actuelles mondiales. Il ne cessera de répéter sa vie durant que "le refus de soutenir l'effort de modernisation des langues africaines (en d'autres termes le droit des peuples d'Afrique Noire à se développer dans leur culture propre) provient souvent de nous-mêmes, intellectuels africains. Rares, en effet, sont ceux qui ont une connaissance quelque peu scientifique de leur langue, alors que beaucoup sont devenus des spécialistes en langues étrangères." Une évidence brutale que beaucoup chercheront à éluder. Selon lui, si les intellectuels africains refusent de reconnaître les mérites de leurs langues, c'est qu'une idée insidieuse bride les esprits. "La prétendue incapacité de nos langues à véhiculer des connaissances n'est au fond qu'un préjugé basé sur le mépris de soi-même." Cependant, reconnaît-il "si les langues africaines ne possèdent pas de termes scientifiques, c'est parce que l'on ne les a pas employées pour enseigner les sciences. À charge pour nous, et pour l'avenir scientifique de nos propres langues, de chercher les voies et les moyens pour y parvenir." Les langues africaines promues et défendues par leurs intellectuels et chercheur pourront, dès lors, mettre à la portée de leurs peuples les connaissances du monde dans leur langue propre. Ainsi, se reconnaître dans sa langue, c'est se reconnaître dans sa culture. Car dit-il pour conclure : "[la langue] doit être considérée comme l'élément le plus important des composants de toute culture. Elle tient donc la première place pour l'émancipation d'un peuple tout entier." C'est en ayant pour base l'appropriation de sa propre culture que tout un chacun pourra se tourner vers les autres, apprendre des autres cultures en ayant pour outil de base la sienne à travers sa langue et sa culture propres. C'est sans doute cela qu'il faudra retenir des ouvrages de Adolphe Dzokanga, fierté et ouverture d'esprit. Il est décédé en Août 1998. En hommage à ses travaux en faveur de la coopération culturelle, la ville de Bonneuil sur Marne a fait apposer une plaque commémorative sur la façade de l'immeuble qu'il a occupé durant vingt ans avec sa famille.

Chronique réalisée par Jean-philippe Trigla pour magazine Miss Ebène paru dans le n° 22 - septembre 2003

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